Interviews d'expert(e)s

Dimanche 22 février 2009

J'avais eu l'occasion d'évoquer lors d'un précédent billet le livre de Marc Dumas, "Vie personnelle, vie professionnelle : vers un nouvel équilibre dans les entreprises ?" qui étudie bien les différents aspects du sujet. Cette fois-ci, je vous propose une interview de Marc Dumas.

Pourquoi avoir choisi ce thème d'étude et de recherche ?

Marc Dumas : Cette problématique constitue un de mes tout premiers thèmes de recherche. J’ai réalisé une thèse de doctorat en sciences de gestion sur le changement de l’implication organisationnelle des salariés passant à temps partiel à partir d’une méthodologie longitudinale. Le passage à temps partiel est souvent considéré comme le résultat d’un choix de valoriser le hors travail plutôt que le travail ou encore le besoin de concilier vie privée et vie professionnelle.

Derrière la problématique du passage à temps partiel, il y a bien celle de la conciliation vie personnelle et vie professionnelle, et le souhait de réduire le conflit difficile à vivre entre le travail-hors travail. Toutefois les motivations aux passages à temps partiel sont multiples.

J’ai ensuite réalisé une étude pour le compte du ministère du travail (DARES) sur l’impact des 35h sur la satisfaction au travail et l’implication au travail et dans l’organisation. Nous avons montré que le conflit travail-famille diminuait du fait des 35 heures, mais que la satisfaction au travail ainsi que l’implication organisationnelle n’augmentaient pas.

Il s’en est suivi plusieurs études pour des entreprises, en y associant d’autres problématiques, comme l’absentéisme par exemple, mais aussi des études plus théoriques sur l’enrichissement entre le travail et le hors travail.

 

Vous écrivez que les Français ne veulent pas travailler plus ou moins mais mieux. Cela veut dire quoi concrètement ?
M.D. : Concrètement, c’est travailler dans de meilleures conditions : une meilleure qualité des relations du travail, un meilleur contenu du travail, un meilleur environnement physique du travail, une meilleure organisation du travail, de meilleures possibilités de réalisation et de développement personnel et aussi, bien évidemment, une meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle.

Les salariés ont de nouvelles attentes qui doivent être prises en compte et qui constituent un nouveau cadre pour la gestion des ressources humaines.
Si ce décalage se poursuit entre les attentes des individus et les réponses données par les pratiques des entreprises, des comportements déloyaux ou d’incivilité se développeront : refus d’une promotion, refus de faire des heures supplémentaires, absentéisme…

 

La façon dont les hommes et les femmes vivent cette articulation vie privée/vie pro est souvent bien différente, qu'est-ce que vous en pensez ? Que pourraient "prendre" les femmes des hommes et vice-versa ?

M.D. : Il est reconnu que les hommes cloisonnent tandis que les femmes ont des frontières plus perméables, mais aussi qu’ils vivent autant de conflit que les femmes, car ils ont une moins bonne capacité à contrôler des facteurs de tensions personnels ou professionnels, alors que les femmes ont de meilleures capacités d’adaptation dues à l’expérience et à la socialisation.

Les hommes vivent plus de conflit du travail sur la vie privée, tandis que les femmes connaissent davantage de conflit de la vie de famille sur le travail. Si tout semble les opposer, c’est parce que la conciliation a longtemps été reconnue comme un problème de femmes pour des raisons multiples. L’entreprise renforçait cette inégalité en ne proposant des mesures de conciliation qu’aux femmes. Les accords de parentalité rétablissent cet équilibre dans l’articulation entre les hommes et les femmes.

La carrière d’une femme est davantage semée d’embûches et au cours des périodes difficiles, elles font davantage des points dans leur vie, suite au mariage, à des naissances, à certains âges des enfants, alors que l’homme attend souvent la quarantaine pour se poser la question de ces principales priorités dans la vie. Pour s’engager dans un processus d’articulation, il faut au préalable se poser la question de ce qu’on veut faire de notre vie. Mais les femmes culpabilisent peut être trop par rapport à la vie de famille et les hommes peut être pas assez…. Ils ont des progrès à faire.

J’ai rencontré des femmes qui se comportaient comme des hommes dans des milieux professionnels très masculins pour réussir professionnellement, sans sacrifier leur vie de famille car leurs maris les soutenaient. Des échanges sont donc possibles ! Les meilleurs arrangements et soutiens se trouvent dans le couple.

Les mentalités des pères de la jeune génération évoluent. Ils connaissent le congé de paternité, éventuellement le congé parental et s’impliquent davantage dans l’éducation des enfants (mercredi, vacances scolaires). L’évolution est en marche !


Vous développez l'idée que la problématique vie privée / vie professionnelle pourrait être davantage perçue comme un enrichissement mutuel et non comme un conflit. Pouvez-vous développer cette idée ?

M.D. : On devrait parler plus de synergie et moins de conflit et développer des modes d’enrichissement chez tous les salariés. Je montre que l’entreprise l’a intégré dans ses pratiques mais ne le reconnait pas toujours, car elle a peur qu’on l’accuse de s’occuper ou même d’envahir la vie privée des personnes.

 Le temps hors travail est devenu un temps très riche pour l’activité professionnelle, c’est ce que je développe dans le livre. Au travail le salarié ne fait pas la séparation entre ce qu’il a appris seul et ses compétences dites professionnelles. Un salarié qui a une vie en dehors du travail sera plus apprécié qu’un candidat qui ne vit que pour le travail !

 

Dans la dernière partie de votre livre, vous indiquez comment mettre en place une politique d'entreprise en faveur d'une meilleure conciliation ? Qu'est-ce qui vous a marqué en enquêtant auprès des entreprises françaises ? Quelles bonnes pratiques avez-vous découvert ? Peut-on innover dans ce domaine ou est-ce plutôt une question de mentalité et de bon sens ?
M.D. : La plupart des bonnes pratiques sont le résultat d’expérimentation et cela concerne plutôt les grands groupes ou les collectivités locales. Dans les petites entreprises, les pratiques sont plus informelles. Il s’agit d’avantage d’arrangements personnalisés.
 

S’agissant des bonnes pratiques, je citerai les crèches d’entreprise ou inter-entreprises, les emplois du temps autogérés par l’équipe, un accès favorisé des femmes à la formation (dont celles à temps partiel), du conseil et des conciergeries d’entreprise, la possibilité de faire varier son temps de travail selon son cycle de vie, le travail des étudiants pour remplacer des personnes le week-end (métiers de l’hôtellerie-restauration et grande distribution)…

L’innovation dans ce domaine est possible bien évidemment. Les entreprises les plus avancées sont celles qui innovent dans tous les domaines (technique, commercial, organisationnel et social). C’est avant tout l’affaire de la direction de l’entreprise et du management. Si la direction perçoit l’enjeu socio-économique du changement, elle aura la volonté de piloter le changement de pratiques. Toutefois elle doit montrer l’exemple et là, ça coince… : suppression des réunions tardives, absence pour imprévus…

Mais malheureusement, on observe aussi aujourd’hui des blocages dans certaines entreprises, dus à des conflits de générations sur ce thème, mais aussi des rapports hiérarchiques sexués. C’est donc bien aussi une question culturelle ou de mentalité.

De nombreuses conditions doivent être remplies pour qu’il y ait succès. La question est ensuite celle de la transférabilité à d’autres structures.

 

Avec la crise, ne pensez-vous pas que ces questions là risquent malheureusement de passer un peu au second plan ?
M.D. : La crise ne devrait pas améliorer les conditions de travail ! Il y aura malheureusement un accroissement du chômage et un rapport de force à l’avantage de l’employeur. Mais il devra disposer de salariés motivés et impliqués, dont les attentes ne vont pas se modifier. Développer l’équilibre dans l’entreprise est un jeu gagnant-gagnant, synonyme de plus de flexibilité et de diversité pour l’entreprise… conditions d’une sortie de crise !

 

 

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Par Gaëlle
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Mardi 27 janvier 2009

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'ouvrage de Christophe Laval intitulé Plaidoyer pour la reconnaissance au travail (sous titre : La reconnaissance non monétaire : une pratique managériale au service du mieux-être et de la performance), qui vient de paraître aux éditions www.livrebusiness.com.
S'agissant d'un sujet qui me tient à coeur (cf. ce billet que j'avais rédigé précédemment), j'ai interviewé son auteur. 

Vous écrivez que la France est très en retard sur les questions de la reconnaissance non monétaire au travail, quelles sont cependant les entreprises et/ou les pratiques qui vous semblent intéressantes à étudier et à diffuser ?

 Christophe Laval : Je pense effectivement que la reconnaissance au travail est encore loin d’être rentrée dans les mœurs de toutes les entreprises. Elle est souvent perçue par le management comme relevant de la seule psychologie ou de la philosophie, ou comme une perte de temps (surtout en temps de crise) alors qu’il s’agit d’une véritable pratique managériale au service du mieux-être des salariés et de la performance des entreprises. Au delà des principes d’humanisme et de morale, on parle ici d’efficacité générée par l’engagement de tous, d’intérêts mutuels et de bénéfices réciproques.

Certaines sociétés comme Redcats (groupe PPR), Sodexo ou Fedex France ont d’ailleurs déjà intégré cela dans leur politique d’entreprise. Et ce qui est intéressant, c’est qu’il ne s’agit pas d’un programme « à part » mais au contraire d’un programme totalement aligné avec le plan stratégique et pris en compte dans les objectifs opérationnels.

 

A partir de votre expérience et de vos observations, les hommes et les femmes ont-ils les mêmes besoins de reconnaissance ?

C.L. : Je ne crois pas que le fait d’être un homme ou une femme soit l’élément le plus important. En revanche, pour  être adéquate, la reconnaissance doit être personnalisée. Chacun a sa propre histoire, ses propres valeurs et convictions, ses propres motivations et sa propre personnalité. Il faut donc connaître pour reconnaître. Manifester de la reconnaissance nécessite de s‘adapter aux attentes des salariés mais également de « mixer » les types, pratiques et fréquences en fonction de la culture de son entreprise.

 

La productivité en France est l'une des meilleures en monde, dit-on, pourtant les politiques de reconnaissance y sont parmi les plus faibles. Comment expliquer ce paradoxe ? N'est-ce pas un argument pour les personnes qui pensent que la reconnaissance n'est pas si importante que cela à mettre en oeuvre ?

C.L. : On pourrait de la même façon dire qu’en temps de crise, ce qui importe, c’est de réduire les coûts, de renforcer les procédures, le reporting et les indicateurs…et que tout le reste attendra la sortie de crise ! Mais quelles seront alors les entreprises les mieux armées ? Incontestablement celles qui auront fait en sorte de permettre à leurs collaborateurs de travailler au maximum de leur potentiel, qui auront réduit leurs coûts cachés ou indirects comme le temps gaspillé, l’abstentéisme ou le turnover. Je rajouterai que l’on se trouve aujourd’hui face à une crise de confiance généralisée et qu’il est grand temps, comme l’a dit le Président de la République dans ses vœux, de « redonner à la dimension humaine toute sa place dans l’économie ». Or, confiance et reconnaissance sont indissociablement liées.


Peut-on évaluer le coût de la non-reconnaissance ? Et celui d'une politique managériale de reconnaissance ?

C.L. : Bien sûr. Non seulement on le peut, mais on doit le faire. Quand on met en place une politique managériale de reconnaissance, au même titre que n’importe quel investissement, on doit calculer un ROI (Return on Investment) en rapportant les gains générés au coût du programme.

Quand au coût de la non-reconnaissance pour la collectivité ou pour les entreprises, il est colossal : stress et non reconnaissance sont deux maux intimement liés. L’INRS a chiffré à environ 1 milliard d’euros l’impact direct du stress sur la compétitivité des entreprises. Le coût du turnover, quant à lui, se chiffre, pour chaque grande entreprise, à plusieurs millions d’euros. Rajoutons à cela que le manque de motivation des équipes peut générer une augmentation du temps improductif ou de l’absentéisme, et l’on voit que la reconnaissance est un véritable enjeu de compétitivité

 

Quel est le frein culturel le plus difficile à dépasser pour mettre en place une vraie politique de reconnaissance ?

C.L. : Il n’y pas de réponse générale car tout dépend des entreprises, de leur vision, de leurs valeurs et des convictions de leurs dirigeants. Je pense néanmoins que la culture du contrôle et de la sanction qui prédomine encore dans beaucoup d’entreprises est « LE » véritable frein. A force d’entendre parler des trains qui arrivent en retard mais jamais de ceux qui sont à l’heure – en d’autres termes de n’être jamais félicité pour avoir fait du bon travail, mais critiqué ou sanctionné pour avoir fait une erreur - le salarié finira par conclure « que ne pas avoir de nouvelles de la part de son chef est une bonne nouvelle »… Est-ce la meilleure façon de générer de la confiance et du sens ?

 

Vous écrivez qu'il faut "latiniser les pratiques américaines" ? Pouvez-vous expliquer concrètement ce que cela signifie ?
C.L. : Cela signifie qu’il ne faut pas faire du « copier/coller » des pratiques américaines mais les customiser intelligemment en les adaptant à notre culture pour les rendre acceptables par nos salariés. Je prends un exemple : réunir régulièrement l’ensemble des collaborateurs de son service pour féliciter l’un d’entre eux qui a eu un comportement remarquable et le faire applaudir par l’équipe, est une pratique courante aux Etats-Unis… difficilement applicable en France, sauf à faire passer le salarié en question pour le « chouchou » du chef et à générer de la jalousie. En revanche, voir le collaborateur en tête à tête en lui faisant exactement les mêmes félicitations est tout à fait acceptable en France… Les Français ont autant besoin de reconnaissance que les Américains, mais la façon de dispenser cette reconnaissance et ses conséquences sont extrêmement différentes. Il est d’ailleurs intéressant de s’inspirer des pratiques québécoises car si les Québécois sont incontestablement nord-américains, ils combinent pragmatisme et sens du résultat avec des valeurs et un environnement social proches de ceux de la vieille Europe.

 

NB : vous pouvez retrouver l'auteur sur son site www.reconnaissanceautravail.com


Résumé de l'ouvrage :
Selon l'auteur, la reconnaissance au travail est un élément clé de l'identité et de la santé des personnes, ainsi que de la croissance, de la transformation et de la performance économique. Il s'agit d'une forte demande des salariés et le manque de reconnaissance est le deuxième facteur (après la surcharge de travail) cité comme cause de détresse (selon une étude réalisée par l'Université de Laval). Pourtant "la reconnaissance ne fait pas encore partie de l'ADN des entreprises". La culture du contrôle et de la sanction prédomine encore.
Comme le dit très justement un DRH, "la reconnaissance, c'est l'accusé de réception dont nous avons tous besoin pour continuer à envoyer nos messages".
L'auteur présente ensuite les résultats d'une enquête menée auprès de DG et de DRH de 55 entreprises (totalisant plus de 1,5 millions de salariés) pour évaluer l'importance accordée à la reconnaissance au travail, les pratiques présentes et les obstacles rencontrés. En voici une synthèse :
La priorité est donnée à la reconnaissance des pratiques de travail, que ce soit  à travers les compétences, l'expertise ou les qualités personnelles des salariés. Vient ensuite la reconnaissance des résultats avec la qualité du travail et les exploits professionnels et, de façon beaucoup moins marquée, l'utilité du travail. Suit immédiatement la reconnaissance de l'investissement dans le travail, que ce soit celle des efforts fournis ou d'une contribution exceptionnelle.  Enfin, la reconnaissance existentielle reconnaît assez largement les attitudes positives mais beaucoup moins les idées que peuvent avoir les salariés.
En matière de pratiques, c'est la reconnaissance autour de l'écoute des collaborateurs avant de prendre une décision, la participation à un groupe de résolution de problèmes ou à un groupe projet, même si l'accessibilité à des outils de travail appropriés est à un niveau préoccupant.
La reconnaissance relationnelle arrive en second à travers des remerciements verbaux, ou le soutien ponctuel en cas de difficultés personnelle.
Elle est suivie par la reconnaissance matérielle dans laquelle la reconnaissance matérielle pulvérise les records de popularité.
Enfin, bonne dernière, la reconnaissance sociale valorise le salarié lors de réunions, de cérémonies, de reconnaissance, de tableau d'honneur ou de palmarès à travers des activités sociales.
Conclusion : il existe donc un fort déficit de reconnaissance sociale et existentielle.
Dans un deuxième partie, l'auteur indique comment faire de la reconnaissance une vraie pratique managériale. Il commence par pointer les freins culturels, fait le lien entre reconnaissance, motivation et sens (cf. pyramide de Maslow), mais également entre motivation, bien-être des salariés et performance économique des entreprises.  Il invite les dirigeants et managers à "latiniser les pratiques américaines" bien plus développées.
Parmi les conseils donnés, Christophe Laval indique qu'il faut savoir doser entre 4 niveaux de reconnaissance (politesse et respect des autres, reconnaissance quotidienne, reconnaissance informelle et reconnaissance solennelle) et indique des actions concrètes.
Et de conclure sur la nécessité de faire de la reconnaissance un objectif opérationnel au même titre que n'importe quel autre objectif business.
"Nous sommes très loin de la psychologie et en plein coeur de préoccupations du business".

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Par Gaëlle
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Vendredi 16 janvier 2009
Voici le premier billet d'une nouvelle rubrique intitulée "Franc Jeu". L'idée est d'interviewer des "expert(e)s" d'horizons variés sur les sujets traités dans ce blog (conciliation vie privée / vie professionnelle, valeurs du travail, etc.) et qui répondent en toute franchise, sans langue de bois. Pour inaugurer cette nouvelle série de rendez-vous, j'ai sollicité Chine Lanzmann, 42 ans, coach en leadership féminin et auteur, mariée et mère de 2 enfants. 

On parle beaucoup de conciliation vie privée et vie professionnelle, qu'est-ce que cela vous inspire à titre personnel ? Etes-vous satisfaite de votre propre équilibre ?

Chine Lanzmann : J'en suis satisfaite pour le moment. C'est un challenge de trouver un équilibre, aussi bien pour les femmes que pour les hommes d'ailleurs. Je suis arrivée à cet équilibre en apprenant à dire non, surtout aux gens qui demandent du temps, ce qui n'est pas facile pour moi ! et en prenant le temps de "designer" mon temps, c'est-à-dire en réfléchissant à la façon dont j'ai envie de vivre, d'organiser mes semaines, mes mois, mon année, sachant que tout cela évolue au fil du temps. Par exemple, en hiver, je prends moins de formations et des séances de coaching plus courtes, alors qu'au printemps, pleine d'énergie, je me planifie un programme de travail plus important.

 

Pensez-vous que l'on puisse correctement concilier les deux ? Ou que les concessions sont inévitables ?

C. L. : Je n'aime pas trop le terme de conciliation, car cela laisse entendre des compromis, des concessions, et donc potentiellement des frustrations et des insatisfactions. Je préfère parler d'équilibre, sachant qu'il n'est jamais figé. Il va changer, selon nos envies, l'âge des enfants par exemple, etc. 
Je pense que les concessions sont évitables. Je préfère plutôt parler de faire des choix et de prendre des décisions. L'important est de choisir ses choix et d'être claire avec ses décisions, sachant qu'un choix n'est pas définitif, il peut durer trois mois, trois ans, etc.
Il est important de prendre le temps de choisir ce qui nous convient.

Un meilleur partage des tâches domestiques et familiales est-il le préalable à une meilleure égalité professionnelle ?

C.L. : Absolument, c'est un préalable indispensable à une meilleure parité professionnelle. Si les hommes (ou une aide extérieure) prennent plus en charge les tâches domestiques et familiales, si le temps auprès des enfants est plus équitable (pas forcément sur une semaine mais sur plusieurs années par exemple), cela aidera indéniablement la femme à s'épanouir professionnellement. Aux femmes de demander aux hommes leur aide et de leur dire qu'un meilleur partage n'est pas négociable ! D'autre part, les femmes ont parfois du mal à déléguer et critiquent la façon dont les hommes font les choses (donner le bain, remplir le lave-vaiselle). Sur ce point, elles doivent également faire des efforts et lâcher du lest !

Deux autres points me semblent importants pour parvenir à une meilleure équité professionnelle. Le premier est le poids de l'inconscient. Les choses commencent à évoluer mais cela prendra du temps, encore quelques années, voire des décennies. La place de la femme est encore trop souvent associée à celle la maison, et pas encore suffisamment au business, à l'entrepreneuriat, etc. Mais les femmes peuvent aussi s'éclater dans leur travail, aimer négocier, gagner de l'argent !
D'autre part, au niveau individuel, il faut que les femmes s'autorisent à réussir, à prendre du plaisir et que les hommes au pouvoir soient d'accord pour le partager...


Que pensez-vous de l'affirmation selon laquelle la qualité du temps passé avec les enfants est plus importante que la quantité ?

C.L. : C'est une question vraiment difficile. Etre parent est très dur, donner des conseils également...A chaque parent de faire comme il peut.
Mais je pense qu'une mère heureuse fait des enfants heureux. La femme doit faire comme elle en a envie, faire ce qui est important pour elle et surtout ne pas culpabiliser.

Parmi les femmes que vous accompagnez, comment intégrez-vous cette question de l'équilibre vie privée / vie professionnelle ?

C.L. : Elles viennent pour du coaching professionnel mais cette question de l'équilibre vie privée / vie professionnelle arrive souvent. Je les aide à trouver les bons choix pour elles, à se donner les moyens de travailler si c'est cela qu'elles souhaitent, à ne pas culpabiliser et à être en cohérence avec leurs choix. Or beaucoup d'entre elles sont entre deux. Par exemple, une femme qui se lance dans la création d'entreprise de chez elle mais qui passe son temps à s'occuper des tâches ménagères ou de ses enfants ne se donne pas tous les moyens de réussir.

Comment percevez-vous les notion d'ambition et de réussite professionnelle chez les femmes ?

C.L. : Elle pourrait être plus développée ! Les femmes ont souvent tendance à la dévalorisation. Elles parlent de leurs "petits" boulots, de leurs "petits" clients, de leur "petite" société, de leurs "petites" missions alors qu'un homme parlera de ses clients, de sa société, ... sans accoler le qualificatif "petit" ! Quand elles veulent entreprendre, les femmes ont souvent peur de paraître peu modeste, prétentieuse. Les hommes, pas du tout ! Les femmes ont tendance à s'auto-bloquer et ont du mal à afficher leurs ambitions.

Quant à la réussite, les femmes ont également plus de difficultés à s'autoriser à réussir. D'où l'importance des réseaux et des formations destinées aux femmes où elles osent plus.
Pour les femmes, la réussite peut recouvrir des éléments divers : gagner un salaire confortable, avoir un métier qu'elles aiment, atteindre un équilibre vie privée/vie professionnelle. Pour d'autres, réussir peut se traduire par décider, avoir de l'impact, manager, fédérer, influencer, développer, créer.

 

Et pour conclure, quelle serait selon vous, la bonne résolution en 2009 à prendre pour mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle ?

C.L. : Je conseille à chacun(e) l'exercice du rendez-vous avec soi-même. Une fois par semaine, je vais dans un café toute seule, pendant une heure, avec un cahier, où je note mes envies pour la semaine prochaine. Cela m'aide à prendre du temps pour moi, à noter les changements et à exprimer ce dont j'ai envie. Alors qu'il est très dur de changer la routine, ce rendez-vous avec soi-même permet de faire un point régulier et de s'autoriser à évoluer. 


Pour en savoir plus sur le métier de Chine, voici un article sur la formation de 2 jours au leadership féminin qu'elle propose (source : pourseformer.fr)

Par Gaëlle
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Mardi 13 janvier 2009

Au gré de mes recherches sur Internet, j'ai découvert Terracom, un cabinet de conseil et de formation lyonnais, qui propose depuis la rentrée 2008 une formation "Concilier vie privée / vie professionnelle" de deux jours . J'ai voulu en savoir plus en interviewant Arielle Bagdassarian, 38 ans, deux enfants (8 et 12 ans) et directrice associée de Terracom, sur le pourquoi et le comment d'une telle formation.


Comment avez-vous eu l'idée de mettre en place une formation autour du thème conciliation vie privée / vie professionnelle ?
Arielle Bagdassarian : La formation sur le leadership féminin que j'ai suivie auprès de
Chine Lanzmann 
pendant 3 mois a été le déclic. Je me suis rendue compte que plusieurs femmes étaient dans une situation de désarroi, en voulant concilier un super job et une vie de famille. A partir de là, j'ai construit cette formation basée sur la communication créatrice de valeurs (ce processus créé par Marshall Rosenberg permet d'établir des relations plus sereines, d'oser s'affirmer et de respecter les autres). Je l'ai ensuite testée sur ma famille tout l'été avant de la proposer en septembre 2008 !

Comment avez-vous défini son contenu ?  
A.B. : J'ai souhaité allier des outils de communication autour de la gestion du stress et des émotions et des outils de planification. Comme les autres formations de Terracom, celle-ci est très axée sur le concret, l'action et les résultats. La théorie, c'est bien mais j'ai besoin d'applications derrière !
Une première partie de la formation est consacrée à la gestion du stress et des émotions (éviter d'être énervée et d'en faire pâtir ses enfants ou encore de penser au boulot lorsque l'on est chez soi ou l'inverse). L'objectif est de faire comprendre comment on fonctionne.
Deux choses font tilt en général chez les participantes : la découverte du rythme biologique ou comment dans un agenda mettre en relation son propre rythme biologique et sa façon de vivre (savoir si on est plutôt du matin ou du soir, comprendre que l'on a des périodes plutôt propices à la réflexion et d'autres plutôt pour effectuer des choses courantes, etc.). Et la 2ème chose est d'expliquer les différents profils face au stress  et les typologies de maladies. Pour schématiser, il existe trois types de personnes : le profil renfermé, qui gardera pour lui son stress et qui sera sujet aux maux de têtes ou de ventre, le profil extraverti qui évacue le stress par la colère et sujet aux ulcères à l'estomac et le profil idéal, celui qui arrive à gérer le stress, sans pathologie.
La deuxième partie de la formation vise à donner des trucs et astuces pour mieux s'organiser et mieux planifier. Par exemple, pour gérer ses papiers, on peut se créer trois pochettes : "à payer", "à classer" et "invitations", que l'on traite une fois par semaine
On évoque également la procrastination (le fait de repousser au lendemain ce que l'on peut faire le jour même), où la personne se met fatalement dans l'urgence, ce qui est source de stress.
La formation apprend aussi à savoir dire non. Or les femmes ne sont pas très douées pour cela ! A travers de petits exercices, nous montrons que dire non ne veut pas dire que l'on n'aime pas mais que l'on ne peut pas dire oui à ce moment précis . Dire non, cela signifie aussi dire "oui" à autre chose. Sans oublier bien sûr l'importance des échanges rendus possibles grâce à l'ambiance conviviale qui se met en place lors de la formation.

Pourriez-vous nous indiquer quelques conseils de planification ?
A.B. : Un bon moyen est d'établir chaque semaine un plan de menus. On définit les plats que la famille aime et on prévoit à l'avance les menus, à partir de ce que l'on a dans son congélateur, des courses que l'on a fait le WE, du traiteur du coin, etc. Cela évite lorsque l'on rentre à 19h-19h30 de se poser la question, de sentir le stress monter et d'entendre vos enfants demander "qu'est-ce qu'on mange ce soir ?". Autre petit truc : préparer la table du petit déjeuner la veille au soir.

Qu'est-ce qui vous frappe le plus chez les participantes ?
A.B. : Leur sentiment de ne pas arriver à tout bien concilier et le fait de ne pas avoir envie de faire des choix. La formation essaye de remettre en question deux croyances fortes chez les femmes : être parfaite et faire plaisir. Or, il faut savoir lâcher parfois. De plus, les femmes ont du mal à se faire plaisir. Par exemple, je constate qu'elles ont beaucoup de mal à demander à leur hiérarchie une telle formation. Elles pensent qu'il faut faire plaisir à tout le monde, avant de penser à elles. Mais si on n'est pas bien soi-même, on ne peut pas faire plaisir aux autres. En ces temps de crise, de difficultés et d'incertitudes dans la vie professionnelle, il est pourtant important d'être bien avec soi-même.

Quels retours avez-vous de la part des femmes qui ont suivi cette formation ?
A.B. : Les retours sont très positifs. Je pense par exemple à une femme qui pensait être plutôt bien organisée mais le fait de formaliser tout cela lors de cette formation et de partager son expérience lui ont permis d'apprendre d'autres choses, de prendre du recul et de désamorcer certains mauvais réflexes. Souvent ces deux jours servent d'électrochoc, de prise de conscience. Ces femmes savaient qu'elles avaient envie d'avancer, de faire autre chose, d'évoluer mais il leur manquait le déclic. Certaines ont souhaité aller plus loin en poursuivant avec des séances de coaching autour du leadership féminin ou du développement personnel.

Personnellement, êtes-vous satisfaite de votre conciliation vie privée / vie professionnelle ?
A.B. : Oui, tout à fait. J'ai compris que tout ne pouvait pas être parfait, même si c'est un entraînement de tous les jours ! Nous avons tous besoin d'une structure pour nous aider à mieux concilier vie privée et vie professionnelle et en même temps, elle peut être amenée à être modulée et modifiée selon le temps.


Côté pratique :
Cette formation dure deux jours (9h15-17h30). Elle peut tout à fait être financée dans le cadre de la formation continue ou du DIF. Les sessions (6 par an environ) se déroulent à Lyon ou peuvent être organisées partout en France pour le personnel d'une même entreprise. Le coût est de 250 euros HT. Renseignements au 09 62 24 39 49 ou 06 37 51 92 62.


Par Gaëlle
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